Bertrand Tremblay, artiste, peintre, poète

Bertrand Tremblay, artiste, peintre, poète, photographie © de Richard Ste-Marie Hommage

Françoise Labbé, une conscience parmi nous

 

 

Photo prise au premier Symposium de Baie-Saint-Paul, 1982, avec Françoise Labbé, Bertrand Tremblay, Jacques Hudon, Rémi Clark, Mme Clarke, épouse de Joe Clarke, Giovanni Girometta, Louis Tremblay, Guy Paquet et Vladimir Horik. Photographie: courtoisie de Guy Paquet.

 

Dans cette photographie prise lors du premier Symposium de Baie-Saint-Paul, en 1982, on voit Mme Françoise Labbé (accroupie sur la photo), accompagnée, de gauche à droite, de Bertrand Tremblay, Jacques Hudon, Rémi Clark, Mme Clarke, épouse de Joe Clarke, Giovanni Gerometta, Louis Tremblay (de dos), Guy Paquet et Vladimir Horik. Photographie: courtoisie de Guy Paquet.

 

Il faut maintenant en appeler au souvenir. Mme Françoise Labbé nous a quittés. Il faut également nous demander quel sera, à partir de maintenant, la situation des arts en général, sans le puissant véhicule qu'elle aura été à la face du monde. Cette entremetteuse par excellence aura été un bourreau de travail doué et d'un engagement à nul autre pareil. Elle aura donné à son entourage immédiat, de même qu'à tous les principaux intéressés du domaine des arts visuels, vingt-cinq ans d'intensité et d'engagement. De même aura-t-elle légué une exigence qui, je l'espère, saura influencer les générations d'artistes à venir.

Françoise Labbé, c'est bien la fondatrice du Symposium de Baie-Saint-Paul, devenu, avec les années, un événement international. C'est également l'initiatrice d'un centre d'exposition de haut niveau. C'est aussi l'animatrice d'un milieu d'artisans, la critique sévère des boutiques entourant le Centre d'art de Baie-Saint-Paul, reconnues pour leur qualité. Ses impératifs ont forcé les créateurs locaux, de même que ceux venus d'ailleurs, à plus de vigilance, à plus de créativité et d'originalité. Elle a été une gardienne et un surmoi dans le milieu des arts.

Je le dis en toute connaissance de cause, pour y avoir goûté moi-même au tout début de l'odyssée des Symposiums, où j'ai pu faire l'expérience de son exigence et de l'intensité de ses engagements. Déjà à cette époque, elle avait la vision d'un grand avenir pour l'art et pour le centre qu'allait devenir Baie-Saint-Paul. J'aurai hérité, à ce moment, de la solidité de son regard sur la création, des effets de son jugement profond, de la rigueur de son exigence. Jamais elle n'eut la moindre hésitation pour ce qui était de nous mener au bout de nous-mêmes. C'était une condition nécessaire. Elle ne s'attendait à rien de moins. C'était tout naturel, nous devions dépasser nos limites. De la même manière, elle s'imposait, elle aussi, ces exigences. Elle attendait de chacun, artiste ou collaborateur, un dépassement, et ce n'était toujours pas facile à réussir...

Son exigence s'est étendue à tous les stades de la création, jusqu'aux structures complexes de l'administration et de la gestion, car ses grands projets n'ont pas été que des rêves légitimes, ils ont aussi pris racine dans notre réalité quotidienne. C'est par une bataille ininterrompue qu'elle mena à terme le projet du centre d'exposition qui fait maintenant la fierté de Baie-Saint-Paul.

Nous devons beaucoup à Françoise Labbé de la consécration à l'art qu'aura méritée la ville de Baie-Saint-Paul au fil des années, une ville qui foisonne maintenant d'artistes, de galeries, d'expositions. Baie-Saint-Paul, à coup sûr c'est devenu une destination artistique, où elle a joué un grand rôle.

Par son engagement pour la compréhension et la diffusion de l'art contemporain, elle aura tenté une dialogue et un échange nécessaires entre les représentants de l'art et de la critique du public. Elle aura forcé les artistes à se faire les tout premiers ambassadeurs de leurs oeuvres, en les obligeant à les défendre face au public et à la critique, en les confrontant avec toutes sortes de tendances et d'influences.

Nous aurons, grâce à Françoise Labbé, confronté des langages et, il faut bien le reconnaître, cette confrontation nous aura permis de préciser notre position, si position il y a, face aux éternelles questions que représentent : l'art ancien et l'art nouveau, la figuration et l'abstraction, la place qu'occupe ou devrait occuper l'oeuvre d'art dans notre vie, etc. Mme Labbé nous aura menés à une prise de conscience, elle aura suscité la réflexion, encore une fois, et nous aura conviés, collectivement, à nous dépasser.

Que nous reste-t-il comme étapes à franchir, maintenant que ce questionnement, initié par Françoise Labbé, fait partie de notre vie? Avons-nous trouvé la réponse à toutes ces questions, cherchons-nous encore, cantonnés plus que jamais dans nos positions respectives, une avenue pouvant convenir à tous les créateurs, à toutes les formes de création?

Bien des questions sont restées sans réponse, malgré les nombreuses tentatives qu'ont pu représenter, certainement, les événements des Symposiums. Nous sommes, pour peu que nous nous interrogions de manière large, restés un peu perplexes. Françoise Labbé nous a surpris, confrontés dans nos différences, engagés dans un dialogue. Peut-être rêvait-elle que soit plus accessibles et compréhensibles les phénomènes de l'art et de la création, de l'artiste et de son rapport (implication) avec la création et son milieu.

Bientôt 20 ans déjà, et ces questions restent vives. Il ne se sera pas passé un mois d'août sans que les présentations des artistes du Symposium nous questionnent, sans que cette visite à l'aréna de Baie-Saint-Paul nous fasse entrer dans un monde réservant une grande part d'inconnu.

Beaucoup d'entre nous, spectateurs ou artistes, cherchions souvent quelle était la commune mesure entre les créateurs du Symposium et les créateurs de la rue Saint-Jean-Baptiste. Cette même situation est la métaphore, à plus grande échelle, des courants opposés de l'art existant dans les divers milieux, à l'échelle provinciale, nationale ou internationale...

Il reste que, dans l'ensemble, le monde des arts continue d'être ainsi divisé. D'une part, ses créateurs dits institutionnalisés, intellectualisés, subventionnés, tentant d'entraîner dans leur sillage le commun des mortels, mais les lassant souvent par leur hermétisme, et, d'autre part, les créateurs des galeries et de la rue, gagnant par le métier leur cote populaire, et traitant avec les canons de la beauté et du commerce à la fois, les créateurs sans subventions, n'attendant plus que la cote d'amour, la seule consécration leur étant réservée. Les oubliés du milieu officiel, mais qui entretiennent, à noblesse du métier, et qui gagnent leur pain, grâce à cette sorte d'art, et ils ne sont pas si nombreux qu'on le pense.

Nous nous situons quelque part entre ces pôles, qui, jusqu'à aujourd'hui, n'ont jamais été autant polarisés. Chacun attire et tire encore de son côté. Si notre position reste ambiguë, si cette équivoque n'est toujours pas dénouée, il n'en reste pas moins que nous avons été mis au défi de nous questionner, de nous demander quelle était la réelle autoroute des arts et que, de ce fait, nous avons pu échanger entre nous, si diverses qu'aient été nos positions.

Madame Françoise Labbé, j'en suis convaincu, aura été pour tous un puissant surmoi, une conscience vouée à l'idéal, un regard et une vie consacrés à l'exigence. De même, collectivement, devrions-nous maintenant porter en chacun de nous cette responsabilité et nous ouvrir à de nouveaux défis.

Comme créateur, je salue, j'applaudis et je remercie Mme Françoise Labbé. Elle est de ces personnes qui méritent le titre de conscience créatrice, sociale et artistique. Je lève aussi mon chapeau à nous tous, qui de toutes parts, maintenant, devrons continuer à relever les défis.

© Bertrand Tremblay
Avril 2001

Participant au premier
Symposium international
de Baie-Saint-Paul

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